si la science le dit. il était temps.

un extrait tiré du  site rue89 de la Directrice de recherches au CNRS, Marylène Patou-Mathis qui vient de publier « Le Sauvage et le préhistorique – Miroir de l’homme occidental », dans lequel elle démontre que si ses yeux sont tournés vers le passé, elle ne se désintéresse pas, loin s’en faut, des problématiques contemporaines.

« Je suis pessimiste sur l’avenir de l’homme »

Quand on embrasse comme vous des périodes très longues, quand on va chercher loin dans le temps, loin sous la terre, des traces de ce que nous avons été, quel regard porte-on sur notre époque actuelle sur cette Histoire qui semble accélérer ?

Attention, l’Histoire n’est pas linéaire, elle est faite d’allers et retours. Ce mal-être des Occidentaux, résulte, à mon avis, du fait que nous sommes dans une phase de transition sociétale. C’est une période difficile à vivre car elle est située entre deux types de civilisation.

Au regard de la rapidité des innovations, elle correspond à un changement peut-être aussi important que celui qu’il y a eu entre le paléolithique et le néolithique ou le néolithique et l’industrialisation. Je ne peux vous décrire le monde à venir que je ne le connais pas, d’autant que comme le dit si justement ma fille :

« Tu n’est pas préhistorienne, mais préhistorique… »

Que va nous apporter, selon vous, cette évolution, voire cette révolution ?

Je suis pessimiste sur l’avenir de l’homme, en particulier de son bien-être. Je pense que cette technologie, cette nouvelle modernité, dans laquelle certains veulent y voir le bonheur de demain et qui a, à n’en pas douter ses côtés positifs – voir le rôle joué par Internet ou les réseaux sociaux dans les récents bouleversements politiques et pro-démocratiques – va de pair, d’un point de vue sociétal et économique avec un retour, comme au XIXe et au début XXe siècle, à la lutte des classes, une lutte, à mon avis perdue d’avance pour celle des prolétaires.

Tout est fait pour que plus personne ne réfléchisse, ne s’interroge sur la véracité de ce qui est véhiculé par les médias.

Ça fait quinze ans que je corrige des copies. Ce sont de jeunes adultes avec un fort bagage intellectuel et culturel. Vous n’imaginez pas la qualité des copies que je corrige. C’est désastreux, mais ce n’est pas de leur faute.

Le problème, c’est l’enseignement qui leur est donné. Aujourd’hui, on veut faire apprendre un peu de tout aux élèves. Par exemple, mes étudiants en master préhistoire doivent faire du juridique.

Mais pourquoi ?

Le nombre d’heures d’enseignement étant fixé, c’est forcément au détriment d’autres matières, à mes yeux, plus essentielles pour le futur métier. Et je ne vous parle même pas de l’orthographe, de la syntaxe et de la construction de leur mémoire qu’ils doivent rendre. Et ce sont des travaux de bac+5.

Vous imaginez le niveau de tous ceux que le système a rejetés bien avant ? Ils vont former un nouveau prolétariat. Je suis une républicaine convaincue, laïque, notamment parce que c’est l’école de la République qui m’a sauvée.

Du côté maternel, ma famille est d’origine slave, slovaque et magyar : mon grand-père était Hongrois… Jeune, je vivais chez ma grand-mère ouvrière agricole. Dans les années 60, les ouvriers agricoles vivaient comme des serfs. Je suis entrée à l’école directement en primaire, je parlais très mal et en plus j’étais dyslexique. Je n’allais ni au théâtre, ni au cinéma, et je n’avais que peu accès aux livres. Bref, j’avais tout pour échouer dans les études, on n’aurait pas parié un kopeck sur moi.

Mais grâce aux enseignants que j’ai eus, grâce au temps dont ils disposaient, j’ai pu apprendre, découvrir, m’enrichir. Et aujourd’hui, grâce à eux, je suis directrice de recherche au CNRS.

Aujourd’hui, je me bats pour que les gens comme moi, puissent encore réussir. Hélas, je sens qu’au niveau éducatif et culturel, on est en train de tout déconstruire. Notre société devient une société du paraître, de « l’avoir plus », mais de toute évidence, s’il on en croit les sondages, c’est un leurre, car les individus ne sont pas plus heureux pour ça.

Animal grégaire et sociétal, l’homme trouve le bonheur dans l’échange avec l’autre, proche ou lointain.

SOURCE : RUE89

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Cette entrée a été publiée le 14 février 2011 à 23 h 26 min et est classée dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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